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Pas tombé sur le P ni le R, mais à gauche du W

Tranche de vie de CP...

Vous savez comme moi à quel point nous sommes appelés à réagir aux demandes plutôt que de les voir venir et d’agir avec méthode.

Lundi matin, j’ai un appel d’une direction d’école primaire. "On a une élève de 6e année intégrée au régulier. Elle est dyslexique et dysorthographique. La relation graphème-phonème et phonème-graphème a sa propre météo, l’accès lexical est parfois laborieux et (plein d’autres mots comme ça qu’un pauvre monsieur bouclé à lunettes aux pantalons de fortrelle brune a tenté de me driller dans la tête à l’université). On vient tout juste de recevoir un ordi avec WordQ, Antidote et d’autres gugus (le masculin de gugusses) pis on sait pas trop quoi faire avec ça. Viens nous voir, ça presse en torpudlittle !"

Bon... c’était peut-être pas exactement ce que la directrice a dit, mais ça ressemblait étrangement à ce que vous venez de lire.

Dans ma tête, ça bouillonnait. On demande au pauvre CP généraliste-extrémiste du RÉCIT de venir prêter mainforte dans un dossier EHDAA. S’il y a un domaine où je sens que mon côté tata s’exprime haut et fort, c’est bien là. Entékâ... j’t’allé pareil voir l’enseignante hier.

L’enseignante en question a eu l’excellente idée d’inviter l’élève ciblée par un nouvel ordi EHDAA à notre rencontre. Je m’attendais à faire une démonstration bête du genre "voici-sur-quel-piton-on-pèse-pis-débrouillez-vous-moi-je-retourne-dans-mon-char". Pantoute ! L’élève était éveillée, généreuse et très impliquée. C’est elle qui nous a montré comment configurer Antidote et WordQ selon ses besoins. Son passage dans une classe langage d’une autre école l’an dernier faisait d’elle une vraie pro de la manipulation des logiciels de traitement de texte et des outils spécialisés de soutien à l’écriture et à la lecture. Cool !

Ce qui m’a le plus épaté, c’est que la jeune fille discutait avec l’enseignante et moi des situations pendant lesquelles elle pouvait le mieux tirer profit de ces outils TIC : comprendre les devoirs demandés, les consignes en résolution de problème, quelques consignes verbales qu’elle aurait besoin de retaper pour les mieux interpréter, etc.

La petite puce était en pleine possession de ses difficultés et de ses stratégies palliatives. Je capotais ben raide !

Je pu l’observer "live" écrire. Pardonnez mon côté ouéreux-kétaine, mais je n’ai jamais vu de dyslexiques/dysorthographiques écrire. Encore moins au traitement de texte... Les phrases "Jouer avec ma cousin." et "On regarder un film." ont posé un problème d’accès lexical pour le mot "couzin", "coussins" pour devenir plus tard "cousine". Grâce à Word et Antidote, ce fut réglé. Avec WordQ et sa fonction de lecture des phrases, la petite a commencé à douter qu’il manquait des mots dans les deux phrases. Elle écoute une deuxième fois... va dans les options de WordQ et réduit la vitesse de lecture... écoute une troisième fois...

"J’ai joué avec ma cousine."
"On n’est regarder un film."

À ce moment l’enseignante parle du protocole de correction avec les surligneurs. La petite s’active avec les surligneurs de Word... Elle commence un raisonnement qui l’amène à douter de la terminaison du verbe "regarder"...

... le reste, c’est de l’ordinaire de classe avec un prof qui donne un soutien bien normal à une élève finalement bien normale aux prises avec une Maitresse aussi belle et séduisante que cruelle et intrigante : la Langue française.

En ce vendredi de novembre, je tenais à vous expliquer publiquement pourquoi j’avais un bleu aux fesses. C’est qu’hier, à voir cette élève se débrouiller ainsi, je suis tombé sur le Q.



François Rivest,
Conseiller pédagogique
Service local du RÉCIT
CS de la Pointe-de-l’Île